GENÈVE
« L'art de révéler le leadership »
REGARDS · APPRECIATIVE INQUIRY

Appreciative Inquiry
faire grandir par les réussites

L'Appreciative Inquiry est une démarche de conduite du changement qui renverse l'habitude. Au lieu de disséquer les problèmes, elle part du meilleur de ce qui existe déjà, les forces, les réussites, les moteurs réels, pour bâtir un futur ambitieux. Son pari tient en une phrase : une équipe se développe dans la direction des questions qu'elle se pose.

Les deux jardiniers

Imaginez deux jardiniers devant le même carré de terre. Le premier passe ses journées courbé sur ce qui dépérit, à traquer les mauvaises herbes. Le second arrose ce qui pousse déjà et consacre son temps aux plants les plus vigoureux. À l'automne, leurs jardins n'ont plus rien de commun. Face au changement, les organisations jouent presque toujours le premier rôle : on repère ce qui ne va pas, on analyse les causes, on bâtit un plan pour corriger. L'attention se fixe sur le manque, et l'énergie s'épuise à combler des trous. L'autre voie met en mouvement bien plus sûrement : partir des forces, des réussites et des moteurs réels. C'est là, et non dans les mauvaises herbes, que se trouve la récolte de demain.

Les mots font le réel

Le psychologue Kenneth Gergen le formule d'une phrase : le langage crée la réalité. Les mots que l'on choisit orientent l'attention, et l'attention façonne ce qu'un groupe est capable de voir et de construire. Quand un dirigeant annonce « nous sommes en crise », les personnes basculent en défense, prudence, résistance. Quand il annonce « nous avons une opportunité unique », elles basculent en curiosité, énergie, engagement. Le même réel, deux mondes. Née à la fin des années 1980 sous l'impulsion de David Cooperrider et Ron Fry, autour d'un cycle désormais classique, la Découverte, le Rêve, la Conception et le Déploiement, l'approche transforme ce principe en méthode : on part de ce qui fonctionne, et le changement est porté par l'énergie du groupe au lieu d'être imposé puis subi.

Une énergie avant d'être un processus

L'Appreciative Inquiry n'est pas qu'un déroulé. C'est d'abord une énergie, et toute la méthode est conçue pour la créer, la protéger et la diriger vers l'action. Tout commence par une vraie écoute, celle que l'on reçoit rarement, et presque jamais sur ce que l'on est à son meilleur. Sur ce socle s'installe ce qu'Amy Edmondson nomme la sécurité psychologique : personne n'a de position à défendre, chacun vient d'être reconnu par un pair. Émerge alors une zone d'énergie. Les travaux de Barbara Fredrickson le montrent : les émotions positives élargissent la pensée, on voit plus d'options, on ose davantage. Les personnes cessent d'être un public et deviennent des contributeurs. Elles ne reçoivent pas un plan, elles le construisent, et l'on a envie de voir advenir ce que l'on a contribué à créer.

« Les gens soutiennent ce qu'ils ont contribué à créer. »

L'interview appréciative, le moteur

Au cœur de la démarche, une conversation en binôme, où chacun est tour à tour celui qui interroge et celui qui répond. On écoute pour de bon, car ensuite on présentera son partenaire, jamais soi-même. Elle suit quatre temps, dans un ordre immuable.

On commence délibérément par un moment de flow, cet état décrit par Mihaly Csikszentmihalyi, parce qu'il amène chacun à son meilleur sans posture : les forces qui s'y révèlent sont authentiques, elles apparaissent quand personne ne réclame de résultats. Lorsque les participants ont déjà nommé leurs talents, par exemple avec notre instrument Florilège, on inverse le mouvement : on part des forces pour faire émerger les histoires.

Du petit au grand

La méthode avance comme un entonnoir, toujours du restreint vers le large. Le sponsor confie d'abord une mission tenant sur un t-shirt, dirait Peter Drucker : une seule phrase, en langage positif, qui dit le quoi et le pourquoi et laisse le comment au groupe. Une équipe fondatrice de huit à douze personnes, de tout niveau, vit ensuite les interviews, affiche ses forces sur un mur, puis négocie mot à mot un manifesto que chacun peut revendiquer comme le sien. Enfin le système entier, de trente à trois cents personnes, revit le même processus sur une journée, vote les souhaits qui lui donnent le plus d'énergie, et traduit chacun en une initiative incarnée, dotée d'un responsable et d'un calendrier. L'ordre n'est pas négociable : la sécurité avant l'énergie, l'énergie avant l'ambition. Ouvrir les souhaits avant d'avoir entendu les forces produit des vœux prudents ; les ouvrir après produit des aspirations.

Lâcher le contrôle

Tout cela repose sur une condition exigeante : accepter de lâcher le contrôle. Y renoncer n'est pas renoncer au pilotage ni à la gouvernance, c'est accueillir l'intelligence collective comme une vague sur laquelle on surfe, plutôt que comme une contrainte à gérer. Deux secrets commandent la réussite, la justesse de la mission au départ et ce renoncement. Bien menée, l'approche reconnecte la vision du dirigeant, souvent ancrée dans ses valeurs, aux moteurs de ses équipes. C'est la quintessence de la co-construction : on ne fait pas adhérer les personnes à un plan, on les laisse en être les auteurs. Le changement durable ne se décrète pas ; il se rêve et se conçoit ensemble.